Au sein de la communauté historienne, l’idée est largement répandue que, pour considérer un événement suffisamment « mûr » pour une enquête historique, le recul du temps et l’accès aux documents classifiés sont des conditions préalables. Cette notion de « période d’attente » nécessaire a longtemps déterminé l’historicité d’un événement ou d’un sujet donné. L’avènement du web et des réseaux sociaux numériques, qui offrent un accès direct à une multitude de données, y compris dans le domaine de la vie privée, participé grandement à remettre en question l’idée de ce qui peut être considéré comme historique. Dans cet exercice, vous allez examiner une variété d’opinions sur le rôle des réseaux sociaux numériques dans l’histoire et sur la question de savoir s’ils peuvent être considérés comme des sources historiques.
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Merci de parcourir les messages, publications, photos ou pages web ci-dessous : en trouvez-vous qui puissent être considérés comme historiques, c’est-à-dire liés à un phénomène historique ? Expliquez pourquoi vous considéreriez ou non ce contenu comme historique et étayez vos réponses par des recherches sur le web sur le contexte et/ou les auteurs du contenu.





Après avoir expliqué pourquoi quelque chose devrait ou ne devrait pas être considéré comme historique, examinons ce que les historiens professionnels ont à dire sur le sujet.
Option 1
Lisez les deux articles suivants rédigés par des historiens et historiennes qui se concentrent tous deux sur l’importance des sources primaires. Notez ensuite les arguments présentés par les auteurs sur ce qui peut être considéré comme faisant partie du « passé » :
Suzannah Lipscomb, « How recent is History ? », Historytoday, 29 janvier 2015 (770 mots). Citation : « Historians of the page might want to learn from those of the screen ». (« Les historiens de la page pourraient vouloir apprendre des historiens de l’écran ».)
Ian Milligan, « Historians’ archival research looks quite different in the digital age », The Conversation, 19 août 2019 (1 100 mots). Citation : « Today, hundreds of billions of websites preserved at the Internet Archive alone is more archival information than scholars have ever had access to » (« Aujourd’hui, les centaines de milliards de sites web conservés par Internet Archive représentent plus d’informations d’archives que celles auxquelles les chercheurs ont jamais eu accès ».)
Option 2
Regardez les deux vidéos et lisez les deux articles ci-dessous. Énumérez ensuite les aspects qui peuvent être perçus comme positifs, mais aussi comme potentiellement problématiques, dans l’interaction des historiens avec les réseaux sociaux numériques.
Vidéos :
Le journaliste/écrivain John Birmingham sur le site web du programme Born Digital des bibliothèques nationales et d’État d’Australie (9 minutes). Citation à méditer : « All of that stuff, of which we don’t really think about, because it’s like the air around us, that’s HISTORY ! » (« Tous ces trucs auxquels on ne pense pas vraiment, parce que c’est comme l’air qui nous entoure, ça s’appelle l’HISTOIRE ! »)
L’historienne Rebecca Huntley sur le site web du programme Born Digital des bibliothèques nationales et d’État d’Australie (3 minutes et 30 secondes). Citation à méditer : « Reflecting now on my life, and the documents in my life, a lot is not written down » (« En réfléchissant maintenant à ma vie et aux documents qui la composent, beaucoup de choses ne sont pas écrites »).
Articles et billets de blog :
[L’article de l’historienne Catherine Fletcher « Is Social Media Good for History ? », History Today 70, 2, 2 février 2020 (1 480 mots). Citation à méditer : « In a Twitter thread last June, curator Sara Huws wrote of her concern that the histories she tweeted from a Welsh museum account got more attention if she implied they’d been suppressed » (« Dans un fil de discussion Twitter de juin dernier, la conservatrice Sara Huws a fait part de sa préoccupation selon laquelle les histoires qu’elle a tweetées depuis le compte d’un musée gallois attireraient davantage d’attention si elle laissait entendre qu’elles avaient été supprimées »).
Caroline Muller et Frédéric Clavert, « La conversation scientifique sur Twitter », Acquis de conscience, 25 mars 2021 (4 237 mots). Dans ce billet de blog, les deux auteurs réfléchissent aux préjugés des historiens à l’égard des réseaux sociaux numériques. Citation à méditer : « Le réseau social numérique Twitter souffre d’une mauvaise réputation au sein du monde académique et, plus généralement, auprès de ceux et celles qui ne l’utilisent pas ».
En combinant vos propres réflexions avec celles que vous venez de voir d’historiens professionnels, rédigez un court essai d’environ 500 mots pour présenter votre opinion sur le moment où un événement, une expérience ou un artéfact devient historique et ce que cela signifie pour la relation entre les historiens et les réseaux sociaux numériques. Vous voudrez peut-être réfléchir à l’introduction d’anciens médias populaires tels que la radio, le téléphone, le cinéma ou la télévision et au type de sources qu’ils ont générées.
« How does the past become history ? » History on screen, University of Tartu, article consulté le 9 juillet 2024.
Le Corre, Benoit. « On a fait jouer un historien à « Assassin’s Creed Unity ». Le Nouvel Observateur, 19 novembre 2014 https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-rue89-culture/20141119.RUE6681/on-a-fait-jouer-un-historien-a-assassin-s-creed-unity.html